Il est de ces livres qui vous reviennent d'un coup en mémoire...sans trop savoir pkoi ou au contraire parskon peut vivre ds le réel les mêmes situations lol...Amélie Nothomb, c'est à toi!
"Le visage assuré, elle me montra très professionnelle, les gestes qui seraient désormais les miens. Il s'agissait de remplacer le rouleau du "tissu sec et propre" quand celui-ci aurait entièrement servi à essuyer des mains; il s'agissait aussi de renouveler les fournitures de papier-toilette au sein des cabinets - à cet effet, elle me confia les précieuses clefs d'un débarras où ces merveilles étaient entreposées à l'abri des convoitises. Le clou fut atteint quand elle empoigna délicatement la brosse à chiottes pour m'expliquer, avec beaucoup de sérieux, quel en était le mode d'emploi - supposait-elle que je l'ignorais?
Petite, je voulais devenir Dieu. Très vite, j'ai compris que c'était trop demander et j'ai mis un peu d'eau dans mon vin: je serais Jésus. J'eus rapidement conscience de mon excès d'ambition et me résolus à être moins mégalomane. Et ce fut alors que je reçus mon affectation ultime : nettoyeuse de chiottes. Il est permis de s'extasier sur ce parcours inexorable de la divinité jusqu'aux cabinets. On dit d'une cantatrice qui peut passer du soprano au contralto qu'elle possède une vaste tessiture: je me permets de souligner l'extraordinaire tessiture de mes talents, capable de chanter sur tous les registres, tant celui de Dieu que de madame Pipi.
Dans ce qui serait désormais mon poste, je ne me sentais pas dépassée par les évènements. Mon cerveau handicapé comprenait la nature des problèmes qui lui étaient posés. Il fallait convertir de la saleté en propreté et de l'absence de papier en présence de papier.
"C'est bien, hein, d'avoir un poste?" Elle le disait sans aucune ironie. Sans doute pensait-elle que j'allais trouver en cette tâche le nécessaire épanouissement dont seul le travail pouvait être à l'origine..."